Isatu, 38 ans, se considère comme « très vieille ».
À cet âge, la plupart des femmes canadiennes se considèrent dans la force de l’âge.

Mais Isatu a connu plus que sa part de tragédies. Elle et ses trois enfants ont quitté la Sierra Leone pour venir s’installer au Canada à titre de réfugiés après que son mari eut été tué par des rebelles.
Durant sa première année au pays, elle et ses enfants ont été hébergés, nourris et vêtus grâce à une subvention gouvernementale, mais Isatu savait qu’elle allait devoir un jour ou l’autre se trouver du travail. Dans son village africain, elle avait travaillé dans une clinique à titre d’assistante auprès du médecin, mais ne possédait aucune formation reconnue en médecine. Elle a donc décidé de travailler en usine. « Je souhaitais faire un travail manuel », explique-t-elle.
Au centre YWCA, elle a suivi des cours d’anglais et appris à se servir d’un ordinateur. Elle a réussi à se trouver du travail en usine, mais au bout
d’un an à peine, elle s’est mise à éprouver des problèmes d’articulations et des douleurs au dos qui l’ont forcée à quitter son emploi.
Décidée à ne pas se laisser décourager, Isatu est retournée au centre YWCA et s’est inscrite au programme Movement Through Success, dans le but de se perfectionner en assistance médicale et d’apprendre les méthodes de travail de bureau.
Ayant désespérément besoin d’un emploi, elle a fait appel à une agence fournissant du travail temporaire dans le domaine des soins. Elle travaillait surtout le soir, et le salaire était très bas. « Le salaire de 9 $ l’heure n’était pas suffisant pour subvenir aux besoins de ma famille », explique-t-elle. Elle savait que si elle suivait une formation pour devenir travailleuse de soutien autorisée, son salaire et sa stabilité d’emploi s’en
trouveraient améliorés, mais elle craignait que les études menant à l’obtention d’un certificat collégial n’exigent trop de temps. Elle s’est donc plutôt inscrite dans une école privée où elle pourrait obtenir un certificat plus rapidement. Malheureusement, même si le centre YWCA couvrait la moitié des frais de formation, Isatu n’avait pas les moyens à la fois de suivre des cours et de payer un loyer. Elle a donc été forcée d’emménager chez des amis avec ses enfants, alors âgés de 21, 18 et 13 ans.
Aujourd’hui, Isatu attend de passer les examens nationaux en vue d’obtenir son certificat. Elle rêve de se trouver un emploi permanent comme préposée aux soins auprès des personnes âgées ou des personnes ayant une incapacité physique.