Emmy

Emmy

Il y a quelques mois, quand on a demandé à Emmy de dire quelque chose de positif à propos d’elle-même, elle est demeurée muette.

Aujourd’hui, elle pourrait énumérer cinquante caractéristiques positives à propos d’elle-même.

L’absence totale d’estime de soi qui caractérisait Emmy n’avait rien d’étonnant, étant donné qu’elle avait vécu pendant des années dans des relations marquées par la violence. Elle avait notamment fait l’objet de menaces de mort, et ses enfants avaient été la cible de violence psychologique.

Jeune adulte, Emmy débordait d’espoir et d’enthousiasme. Titulaire d’un diplôme en horticulture et amoureuse des grands espaces, elle a quitté la Hollande pour venir s’installer au Canada à l’âge de 24 ans dans le cadre d’un programme d’échange pour jeunes agriculteurs. Peu de temps après son arrivée, son mari violent et alcoolique a menacé de la tuer. Craignant pour sa vie et celle de sa petite fille, elle a immédiatement quitté le foyer familial, après deux ans de mariage.

Puis elle s’est remariée et a eu un fils. Toutefois, son deuxième mari lui faisait subir de la violence psychologique. Au bout de cinq ans de mariage, il lui a dit : « J’aimerais que tu sois morte. » Emmy a alors fait ses bagages et est partie camper avec ses deux enfants pour le week-end, mais comme elle avait peur de rentrer au foyer, elle est restée au terrain de camping au-delà de la période prévue. Son mari a alors appelé la police et fait arrêter Emmy pour enlèvement. Croyant protéger ses enfants, elle est retournée vivre avec lui. Pendant des années, pour empêcher Emmy de partir, son mari l’a menacée de la faire de nouveau arrêter. « Il me disait que si je prenais encore une fois les enfants sans sa permission, je me rendrais coupable d’outrage au tribunal. » Des années plus tard, elle a appris qu’une ordonnance du tribunal avait bel et bien été émise, mais que celle-ci n’avait été valide que pendant 30 jours.

Le mari d’Emmy s’est mis à être de plus en plus cruel envers les enfants. Un jour, il a obligé leur fils à rester dehors dans la neige sans chaussures parce qu’« il avait trop ri », et menacé les enfants de tuer leur chat. La Société d’aide à l’enfance s’est mêlée du dossier. À cette époque, Emmy était affligée d’une grave dépression et consultait un psychiatre, qui lui a recommandé de quitter son mari. C’est ce qu’elle souhaitait par-dessus tout, mais elle n’en avait pas les moyens financiers. « Je n’avais pas un revenu suffisant », dit-elle.

C’est alors que son médecin lui a appris qu’elle était admissible à un programme de logements subventionnés. Enfin, le changement devenait possible.

Emmy a emmené ses enfants dans un refuge pour femmes violentées et fait une demande de logement.

Le personnel du refuge lui a alors parlé d’un programme appelé Making Changes, offert par le centre de femmes de la ville d’Aurora et financé par la Fondation canadienne des femmes.

C’est là qu’elle a appris à reprendre sa vie en main.

« Le programme Making Changes est la meilleure chose qui me soit jamais arrivée, affirme-t-elle. Il m’a aidée à croire en moi. »

Lors de la première séance du programme Making Changes, les participantes devaient énumérer des caractéristiques positives à propos d’elles-mêmes. Habituée à se dénigrer, Emmy a eu de la difficulté à trouver la moindre petite chose à dire.

Mais tout cela a changé aujourd’hui. « En novembre dernier, lorsque les animatrices nous ont demandé de mentionner cinquante de nos côtés positifs, je n’ai eu aucune difficulté ! »

Après avoir emménagé dans son logement subventionné, Emmy a obtenu devant les tribunaux une séparation d’avec son mari. Toutefois, celui-ci conservait un droit de visite. Un jour, alors qu’il emmenait les enfants en vacances, il a lancé une menace à Emmy en quittant la maison : « Je ne suis pas certain de vouloir te les ramener. »

Rongée par l’inquiétude, Emmy a rencontré son psychiatre. Sachant que sa patiente avait déjà fait du bénévolat au sein du mouvement Guide pendant 22 ans et participé au programme de plein air Outward Bound, il lui a suggéré d’aller faire une randonnée en canot pendant l’absence des enfants.

« Cela ne servait à rien de rester à la maison à me ronger les sangs », raconte-t-elle. De plus, le programme Making Changes lui avait appris à « transformer les choses désagréables en une force positive ».

Emmy était la seule femme à participer à cette randonnée de neuf jours et canot, mais elle s’est vite rendu compte qu’elle possédait plus d’expérience que tous les hommes du groupe. « J’avais organisé la préparation et la distribution de la nourriture, et ils étaient très impressionnés, dit-elle en riant. J’ai même fini par être celle qui dirigeait le canot. »

Cette expérience a fait germer une idée dans l’esprit d’Emmy : pourquoi ne pas un jour enseigner le canotage et le camping à d’autres femmes et les aider à acquérir de la confiance en soi ?

Elle n’a pas tardé à trouver l’endroit idéal pour développer son idée d’entreprise : le programme Enterprising Women, conçu pour les femmes qui souhaitent devenir travailleuses autonomes. Peu après, elle mettait sur pied son propre site Web et obtenait un financement.

« Mon premier voyage a eu lieu en février de l’année dernière. J’ai emmené un groupe à un camp d’hiver », raconte Emmy.

« J’avais déjà fait beaucoup d’expéditions avec les Guides, dit-elle, mais cette fois-là, j’ai été rémunérée !